Cette édition du Top 250 confirme la robustesse du logiciel français et révèle l’ampleur de la transformation agentique qui s’engage.
En résumé :
- En 2025, les éditeurs de logiciels français réalisent 22,4 Md€ de chiffre d’affaires d’édition. Hors jeux vidéo, la croissance ralentit à +5,2 %, mais la grande majorité des éditeurs continue de croître.
- L’IA agentique devient la priorité technologique de 48 % des éditeurs (+16 points vs 2024) ; 80 % ont déjà intégré de l’IA à leur offre.
- La montée de la facturation à l’usage et de l’IA agentique pousse les éditeurs à repenser leurs modèles économiques, leurs indicateurs de performance et leurs leviers de création de valeur.
Malgré une croissance plus modérée, les éditeurs de logiciels français continuent de démontrer leur capacité d’adaptation. Après une phase d’inquiétude, une opportunité majeure se dessine pour les éditeurs : l’IA agentique s’impose comme un nouveau moteur de transformation et de création de valeur, qui touche simultanément ce que les éditeurs vendent, la manière dont ils le monétisent et la façon dont ils s’organisent.
SaaSpocalypse : le Saas est-il en danger ?
Avec 20,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 (hors jeux vidéo), 83 % d’éditeurs bénéficiaires et 57 % du chiffre d’affaires réalisé à l’international, le logiciel français confirme sa robustesse. Sa croissance marque toutefois le pas : +5,2 % hors jeux vidéo contre +8,9 % en 2024.
Les acteurs de moins de 50 M€ de chiffre d’affaires se distinguent particulièrement, avec une croissance toujours à deux chiffres. Le contraste est plus net du côté des éditeurs horizontaux, dont le rythme de croissance a quasiment été divisé par deux.
Dans le même temps, le secteur fait face à une transformation technologique majeure, portée par l’essor de l’intelligence artificielle. Début 2026, la forte correction des valeurs logicielles, qualifiée de « SaaSpocalypse » par certains observateurs et investisseurs, a cristallisé les craintes autour de l’impact de l’IA agentique sur le modèle SaaS. Malgré le net rebond des valeurs depuis leur point bas d’avril, les interrogations sur les conséquences économiques de l’IA restent entières.
Quelles sont les priorités des éditeurs de logiciels ?
L’intelligence artificielle s’impose comme le nouvel axe technologique majeur du secteur. Pour la première fois, les agents autonomes et l’IA agentique arrivent en tête : près d’un éditeur sur deux les place au premier rang de ses priorités.
Ce basculement marque aussi une évolution dans la maturité technologique du secteur. Longtemps prioritaires, le cloud et le SaaS sont désormais considérés comme plus matures et moins différenciants, et reculent nettement.
La cybersécurité conserve en revanche une place centrale, dans un contexte où les enjeux restent particulièrement forts pour les éditeurs comme pour leurs clients : plus d’un éditeur sur deux la classe parmi ses trois principales priorités.
Modèle économique : quelle tarification pour l’IA agentique ?
La montée en puissance de l’IA agentique ne se limite pas aux orientations technologiques : elle se traduit désormais directement dans les offres des éditeurs. L’abonnement reste largement dominant, mais la montée en puissance de la facturation à l’usage commence à rebattre les cartes. Déjà pratiqué par une part significative des éditeurs, ce modèle séduit un nombre croissant d’acteurs.
Que devient le revenu récurrent (ARR) avec la tarification à l’usage ?
Cette évolution interroge directement les modèles économiques traditionnels du secteur. Plus les revenus dépendent de l’usage, moins l’ARR (revenu récurrent) suffit à rendre compte de la performance, puisqu’il repose précisément sur la récurrence et la prévisibilité des revenus. L’équation se complexifie également pour les clients : des coûts indexés sur la consommation rendent les dépenses IT plus difficiles à anticiper. La généralisation de ces nouveaux modèles obligera donc le secteur à repenser ses indicateurs et ses outils de pilotage.
Organisation : comment l’agentique transforme-t-il les équipes ?
Au-delà des modèles économiques, l’IA transforme également l’organisation des éditeurs, à commencer par la R&D, qui concentre plus d’un tiers des effectifs chez les pure players. Elle constitue aujourd’hui le premier terrain d’application de l’IA en interne, avec des gains de productivité constatés par la quasi-totalité des éditeurs.
Cette transformation commence également à se refléter dans l’emploi, même si les évolutions observées s’inscrivent dans un contexte économique moins favorable. Hors jeux vidéo, les effectifs progressent moins rapidement que le chiffre d’affaires, tandis que les perspectives de recrutement se font plus prudentes.
Dans le même temps, les compétences recherchées évoluent : les besoins se déplacent progressivement vers les expertises liées à la data et à l’IA, désormais prioritaires dans les recrutements.
Pourquoi la croissance externe reste-t-elle stratégique pour les éditeurs de logiciels ?
La croissance externe reste stable par rapport à l’an dernier, mais les ambitions demeurent fortes : une majorité d’éditeurs envisage une opération, souvent à l’international. Au-delà du nombre de transactions, les stratégies de consolidation évoluent, avec des niveaux d’intégration variables selon les acteurs.
Dans un environnement marqué par des valorisations plus faibles et une croissance organique moins dynamique, les acquisitions offrent aux éditeurs plusieurs relais de développement : changer d’échelle, renforcer leurs capacités technologiques et accélérer leur internationalisation.
Le SaaS est-il en train de devenir agentique ?
La résilience des éditeurs, leur capacité à s’adapter et les perspectives offertes par l’agentique montrent que les inquiétudes apparues début 2026 doivent aujourd’hui être relativisées. Sauf rares exceptions, ni les clients ni les acteurs des grands modèles de langage ne semblent avoir vocation à remplacer les logiciels existants par des développements internes.
Les éditeurs disposent pour cela d’atouts importants : leur maîtrise des données métiers, les enjeux de sécurité et l’intégration des logiciels au sein des systèmes existants leur confèrent une position difficile à reproduire. L’essor de l’agentique pourrait au contraire accroître la valeur apportée par leurs solutions.
Le secteur n’en connaît pas moins une transformation profonde de ses modèles économiques et de ses organisations. Les éditeurs capables de faire évoluer leurs offres et leurs modes de fonctionnement seront les mieux placés pour en tirer parti. L’agentique apparaît ainsi moins comme une menace que comme une nouvelle source de création de valeur pour le secteur.
“ Les enjeux de transformation des entreprises sont considérables avec l’avènement de l’agentique et les éditeurs, après une phase de doute matérialisée par la Saaspocalypse, semblent être très bien positionnés pour accompagner cette révolution. La valeur apportée par les logiciels va considérablement augmenter et les éditeurs ont bien identifié cette opportunité avec l’intégration massive de l’IA dans leurs solutions.
Les enjeux de transformation des entreprises sont considérables avec l’avènement de l’agentique et les éditeurs, après une phase de doute matérialisée par la Saaspocalypse, semblent être très bien positionnés pour accompagner cette révolution. La valeur apportée par les logiciels va considérablement augmenter et les éditeurs ont bien identifié cette opportunité avec l’intégration massive de l’IA dans leurs solutions.
Jean-Christophe Pernet
Associé, Audit, Technologie, France
Ce qu'il faut retenir
2026 marque moins une rupture qu’un changement de paradigme pour les éditeurs de logiciels français. Dans un marché toujours résilient mais dont la croissance ralentit, l’IA agentique ouvre un nouveau cycle de transformation. Elle redéfinit les priorités technologiques, fait évoluer les modèles économiques, modifie les besoins en compétences et pourrait renforcer la valeur des solutions logicielles existantes. L’enjeu pour les éditeurs sera désormais de transformer cette avancée technologique en avantage économique durable.
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A propos de cet article
Jean-Christophe Pernet
Associé, Audit, France
Spécialisé dans l’accompagnement (audit, transactions, conseil) de sociétés cotées ou financées par des fonds. Il dispose d’une solide maîtrise des IFRS, US GAAP et des opérations d’IPO en France et US












